* V

^ % Il 11 ^ *(!. ^ '-i

.*, ht s L' t\ »ï î& >. M k ^

i li .i a-,. 1».. «fc^ *_ 4,^ t., H. * ■. «."■(IL .-U' - - .^ - '»*■«* L

>*, *

,1^: «^

•1^ ■»

*' 1 :3

l^

. % » * *•■ .

^* il f> >:t •;» \*, ^A »

>*. 1% *.^*- ^^ ■" .. !»■ m . ^ ^ !l * . .,_ ...

'%?^

il î»

■; * il li ' w: in^îi i!k II. ,, >.« ^ ^ * ^ ^* . » î» ^ Vk

^^^.^'^^^ ^^< *, * .»:^^«jfc ^ tk »,.^ M* ^, »■ ^ ^ '1 ï^ g> Ti % n i> «,

^ î^l t* .îl X% 3t t*. .

.. .'^ ,'» ?l 1 t * ^^ '- '* ^ )l» ;% ^»' \% % ^ \% 1 <

i>. \% ^ ^ t>. X* i* V»- 1* {♦ l* •; V i* t% t* t* \* à"^ i* !■»' X* ^ î* <*" > , t* . »! t* . i|* ï« 1* ï*

>, t* 'i*, 1* é:i^ i* ],* ï»- ' tî* \.l^- 1 H \^_ i>:, , i> (* v% ^# -ii^' \^ 1^ t* -i^k ~ ' i* ' 1

'* ^'- 'i .?* 0, i*: U H- l*' t^ ï* A* )[?• \t -l*

t* . ■{% i> ft V* )> !?■(♦' ?fr \* "

■?-ï i* W ' i* 1* i* i*- >;* j* . ^is !> it,v. '.^ )■* ' u ~ t*' ^^-^ ^"* ' i* t* <?* i> ^'^

,* - ,i. u ,a. C-^ 'Ss ï.^ i:^ (i ji y'. jv

n;

iv

f BOUNO AT THE ^

■Hi:iii\ïïiii; i'i!i'»':

L Camp— Karachi. À

^

^

^

4^

^'

^

DUKE

UNIVERSITY

LIBRARY

Treamre 'B^om

UTOPIA

OS/,

V.

^l

\

Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from Duke University Libraries

http://www.archive.org/details/lesterresducielvOOflam

<h

%,

■i^.

%

^%.

%.

%

LES

TERRES DU CIEL

ŒUVRES DE CAMILLE FLAMMARION

o u V n A r. E c 0 u n o N s É r a ii l'académie f ii a n (.: a i s t;

ASTRONOMIE rOPULAlRK

Exposition (les grandes déroiivertes île rAstrononiic moderne ; illustrée de 3(50 li-iures, planches et chromolitlionrapliies, ("0" mille), li fr.

LES ÉTOILES ET LES CURIOSITÉS DU CIEL

Supplément de l' <• Astronomie populaire »

Description complète du Ciel étoile par étoile, constclhitions ; instruments, catiilogues. etc.

Illustré de 100 ligures et cartes célestes. (40' millej. l'i IV.

MES VOYAGES AERIENS

JiMinial de bord de douze vovages en ballon, avec plans topograpliiques. 1 vol. in-18. " Nouvelle édition. 3 fr. 50.

LA PLURALITÉ DES MONDES HABITÉS

eu point de vue de l'Astronomie, de la Physiologie et de la Philosophie naturelle. 30' édition. 1 vol. in-i-2 avei' figures. 3 fr. 50.

LES MONDES IMAGINAIRES ET LES MONDES RÉELS

Revue des théories humaines sur les habitants des astres. IS" édition. 1 vol. in-l"i avec ligures. 3 fr. 50.

LES MERVEILLES CELESTES

Lectures du soir, pour la jeunesse. Gravures et cartes. (,38' mille). 1 vol. in-12. 2 fr. 25.

PETITE ASTRONOMIE DESCRIPTIVE POUR LES ENFANTS

Ornée de 100 figures. 1 vol. in-12. 1 fr. 25.

HISTOIRE DU CIEL

Histoire populaire de l'Astronomie et des ditîérents svst^mes imaginés pour expliquer l'Univers. i' édition. 1 vol. gr. in illustré. O'fr.

RECITS DE L'INFINI

Lumcu. Histoire d'une âme. Histoire d une comète. La Vie universelle et éternelle. 8' édition. 1 vol. in 12. 3 fr. 50.

CONTEMPLATIONS SCIENTIFIQUES

Nouvelles étoiles de la Sature et exposition des (vuvres éminentes de la Science contemporaine. édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50

DIEU DANS LA NATURE

le Spiritualisme et le Matérialisme devant la Science moderne. 18' édition. I fort vol. in-12, avec le portrait de l'auteur, 4 fr.

SIR HUMPIIRY DAVY

LES DERNIERS JOURS D'UN PHILOSOPHE

Entretiens sur la Nature el sur les Sciences. Traduit de l'anglais et annoté. 7' édition française. 1 vol. in-12. 3 tr. 50.

ASTRONOMIE SIDÉRALE : LES ETOILES DOUBLES

Catalogue dts étoiles multiples en mouvement, etc. 1 vol. in-8°. 8 fr.

ETUDES ET LECTURES SUR L'ASTRONOMIE

Ouvrage périodique, exposant les Découvertes de l'Astronomie contemporaine, les recherches personnelles de l'auteur, etc. 9 vol. in-12. Le vol. 2 fr. 50.

L'ASTRONOMIE

Revui- mensuelle des progrès de la Science. Abouuement : 12 fr. Le n" 1 fr. 20.

\

CAMILLE FLAMMARION

"\

LES

TERRES DU CIEL

VOYAGE ASTRONOMIQUE

s I i;

LES AUTRES MONDES

ET DESCRIPTION DES CONDITIONS ACTUELLES DE LAViE

SUR LES DIVERSES PLANÈTES DU SYSTÈME SOLAIRE

OUVRAGE ILLUSTRÉ

De Photographies célestes, Vues télescopiques. Cartes et nombreuses Figures

l'AR I'. FOICHÉ, MOTTY, BLA.NAUET. HELLÉ, ETC., ETC.

PARIS

C. MARPON ET K. FLAMMARION

ÉDITEUnS

26, RUE RACLNE. PRÈS L'ODÉON

18S4

(Tous droits réscrvOs,.

LIVRE PREMIER

NOTRE VOISINE LA PLANETE MARS

^> LIVRE PREMIER ^

NOTRE VOISINE LA PLANÈTE MARS

CHAPITRE PREMIER Voyage interplanétaire : du globe terrestre au globe de Mars

Pendant les douces soirées d'été, en cette heure charmante la dernière note de l'oiseau qui s'endort reste suspendue dans les bois, les caresses de l'atmosphère parfumée glissent comme un frisson

TERP.KS 1)0 CIEL.

LES TEllUES DU CIEL

à travers le feuillage, les gloires éteintes du crépuscule ont déjà fait place aux mystères de la nuit, nous aimons à rêver en contem- plant la transformation magique du grand spectacle de la Nature, en assistant à cette glorieuse arrivée des étoiles qui s'allument une à une dans les vastes cieux, tandis que le Silence étend lentement ses ailes sur le monde. Jamais l'âme n'est moins seule qu'en ces ins- tants de solitude. Nulle parole n'est plus éloquente que ce profond recueillement. Notre pensée s'élève d'elle-même vers ces lointaines lumières ; elle se sent en communication latente avec ces mondes inaccessibles. Mars aux rayons ardents, Vénus à la lumière argentée, Jupiter majestueux, Saturne plus calme, nous apparaissent, non plus comme des points brillants attachés à la voûte céleste, mais comme des globes énormes, roulant avec nous dans l'abîme éternel, et nous savons que l'éclat dont ils resplendissent n'est que le reflet de la lumière solaire qui les inonde ; nous savons que la Terre brille de loin comme ces autres planètes, et que, par exemple, elle éclaire la Lune comme la Lune nous éclaire ; nous savons que ces autres mondes sont matériels, lourds, obscurs par eux-mêmes; que, si le Soleil s'éteignait, nous ne les verrions plus; que toute l'illumi- nation solaire que chaque planète reçoit est condensée en un point, à cause de l'éloignement qui nous en sépare; nous savons qu'ils gra- vitent comme nous autour du foyer radieux, à des distances diverses; qu'ils tournent sur eux-mêmes, ont des jours et des nuits, des saisons, des calendriers spéciaux ; et nous savons aussi que la Terre est un astre du Ciel. Mais cette contemplation ne tarde pas à laisser en nous im certain sentiment de vague mélancolie, parce que nous nous croyons étrangers à ces mondes règne une solitude appa- rente et qui ne peuvent faire naître l'impression immédiate par laquelle la vie nous rattache à la Terre. Ils planent là-haut comme des séjours inaccessibles, et parcourent loin de nous le cycle de leurs destinées inconnues ; ils attirent nos pensées comme un abîme, mais ils gardent le mot de leur énigme indéchiffrable. Con- templateurs obscurs d'un univers si grand et si mystérieux, nous sentons en nous le besoin de peupler ces îles célestes, et, sur ces plages désespérément désertes et silencieuses, nous cherchons des regards qui répondent aux nôtres.

11 devait être réservé à l'Astronomie du XIX" siècle de donner un

LES TERRKS DU CIEL

corps aux vagues aspirations dos philosophes du passé, et de répondre à l'heureuse divination des Pythagore, des Anaxagore, des Xéno- phane, des Lucrèce, des Plutarque, des Origène, des Cusa, des Bruno, des Galilée, des Kepler, des Montaigne, des Cyrano, des Kircher, des Fontenelle, des Huygens, de tous ces penseurs qui, dans les temps passés, et à des degrés divers, se sont élevés dans la haute contemplation de la Vérité. A ces noms illustres devaient se joindre au siècle dernier ceux des philosophes de la nature : Buffon, Kant, Voltaire, Bailly, d'Alembert, Herschel, Lalande, Laplace ; glorieuse phalange continuée en notre siècle par d'éminents esprits, parmi lesquels nous ne pouvons nous empêcher de signaler les sympathiques figures de sir John Herschel, François Arago, David Brewster et Jean Picynaud. Oui ! c'est à l'Astronomie de notre époque qu'il était réservé de couronner le lent et gran- diose édifice des siècles, par cette doctrine sublime de la Pluralité des Mondes, qui répand dans l'infini les splendeurs de la vie et de la pensée, et qui donne un but rationnel l'existence de l'Univers. Le moment est venu de faire un voyage astronomique sur tous ces mondes extra-terrestres, de réunir en une même synthèse l'ensem- ble des documents fournis par les merveilleux progrès de la science contemporaine, et d'exposer en une description spéciale l'état actuel de nos connaissances sur ces autres « terres du Ciel* » qui gravitent en même temps que la nôtre, bercées dans l'ondoyante cadence de l'attraction universelle. Déjà nous avons esquissé les grandes lignes du tableau général de la création. Dans notre Ast7'0- nomie jmpulaire, nous avons exposé l'ensemble des théories de la science sur l'Univers, expliqué les mouvements, les lois, les forces, qui animent et régissent l'organisation des systèmes suspendus dans l'espace. Dans le Supplément de cet ouvrage, dans les Étoiles et les Curiosités du Ciel, nous avons fait connaître les étoiles, soleils de l'infini, nous avons décrit les constellations, étudié leur histoire, exposé en un mot les faits de « l'Astronomie sidérale ». Aujourd'hui notre but est de nous occuper spécialement des planètes, de donner une exposition descriptive de V Astronomie planétaire, de développer sous les yeux de nos lecteurs tout ce que nous savons actuellement sur ces différents mondes qui nous environnent, qui appartiennent comme nous à la grande famille du Soleil, et qui

LES TKRRES HU CIEL

se présentent à nous comme autant de terres inconnues à découvrir, comme autant de pays mystérieux à visiter.

L'Astronomie est à la fois la science do l'univers matériel et la science de l'univers vivant, la science des mondes et la science des êtres, la science de l'espace et la science du temps, la science de l'infini et la science de l'éternité. Déchirant le voile antique qui nous cachait les spk'ndeurs de la création universelle, elle nous montre dans l'immensité qui s'étend sans bornes tout autour de la Terre, elle nous montre les mondes succédant aux mondes, les soleils succédant aux soleils, les univers succédant aux imivers, et l'espace sans fin peuplé d'astres sans nombre développant jusqu'au delà des derniers horizons que la pensée puisse concevoir les séries indéfinies des créations simultanées et successives. L'évidence est dans sa vertigineuse grandeur. Ni les timidités des âmes craintives, ni les sophismes des esprits légers, ni les négations de ceux qui ne veulent point voir, n'empêchent la Nature d'être et de rester ce qu'elle est. Le globe que nous haliitons ne constitue pas à lui seul la création entière, mais ail contraire il n'en est qu'une partie infiniment petite et un rouage presque insignifiant. A côté de lui voguent dans l'espace des mondes habités comme lui. Des millions de systèmes planétaires analogues au nôtre planent dans l'immensité profonde. Les étoiles ne sont pas fixes ni inaltéra- bles ; elles marchent, elles volent à travers les cieux avec une vitesse inimaginable; elles s'associent en systèmes stellaires ; elles sont accompagnées de planètes qui les dérangent dans leur cours, chacune d'elles est un soleil, répandant comme le nôtre les radia- tions fécondes qui sèment la vie dans toutes les régions de l'Univers. El la Terre n'est qu'un point obscur perdu dans la multitude; et l'humanité terrestre n'est qu'une des familles innombrables qui habitent les célestes séjours; et il n'y a d'autre ciel que l'espace vide dans le sein duquel se meuvent les mondes ; et nous sommes actuellement dans le ciel, aussi complètement que si nous habi- tions Jupiter ou Sirius ; et toutes les idées qui ont eu cours jusqu'ici sur la Création, sur la Terre, sur le Ciel, sur la situation de l'homme dans la nature et sur nos destinées doivent aujourd'hui subir une transformation radicale et absolue. Le soleil de l'Astronomie brille sur nos tètes! La nuit est finie. Il fait jour!

L.\umiii.int avec suiu ia p.aiicto rappiotiu-e, i us-lronoiiii- u.stingue et ue^^in':? les ci iiiinonis , i^s i,\a^es, les îles de la géographie de Mars . . ,

LES TERRES DU CIEL

Sans doute, il n'y a qu'un très petit nomLiP iriionmics, et même d'astronomes, qui s'aperçoivent île cette révolution calme et paci- fique, commencée il y a ])i(MitiH trois siècles par Galilée, et qui marche à grands pas vers son terme. On vit encore aujourd'hui comme si le firmament de Josué était toujours fermement étahli sur nos têtes; et l'on ne sent pas que l'Astronomie, en calculant les distances des astres, en prédisant leurs mouvements, en découvrant leur constitution physique et chimitpie, a jeté un lien de secrète sympathie entre la Terre et ses sœurs de l'infini. Ce n'est plus seu- lement des masses des corps célestes qu'elle s'occupe aujourd'hui^ la science des Copernic, des Kepler et des Newton ; mais c'est encore des conditions dans lesquelles la vie doit se trouver à leur surface. Faisant éclater en morceaux la sphère qui l'étouffait ici-has, la vie s'est tout d'un coup répandue dans le ciel; en agrandissant l'Univers, l'Astronomie a agrandi en môme temps la sphère de la vie. Ce ne sont plus des hlocs inertes roulant inutilement dans l'espace que la science pèse aujourd'hui; ce n'est plus un désert infini se déroulant en silence dans la nuit étoilée que le doigt d'Uranie nous montre à travers l'immensité; c'est la vie, l\ Vie universelle, éternelle, agi- tant les atomes sur tous les globes, palpitant dans les ondulations de la lumière, rayonnant autour de tous les soleils, s'infiltrant dans les atmosphères tièdes et lumineuses, faisant entendre ses chants divins sur toutes les sphères, et vibrant à travers l'infini dans les accords multipliés d'une harmonie immense et inextinguible !

Si donc, dans l'ensemble de toutes les sciences, quelque sujet est particulièrement digne d'être étudié par nous, c'est sans contredit celui qui nous occupe ici, car cette étude n'est autre que l'étude intégrale de l'Univers. La synthèse astronomique embrasse tout; en dehors d'elle il n'y a rien; à côté d'elle il y a... l'erreur. sommes- nous? Sur quoi marchons-nous ? En quel lieu vivons-nous? Qu'est- ce que la Terre? Quelle place occupons-nous dans l'infini ? D'où venons-nous et allons-nous? Qui pourrait nous répondre, si l'Astronomie se taisait ?

Quel que soit le sentiment que chacun de nous garde en sa ■conscience sur le problème de la vie actuelle et sur celui de l'immor- talité, l'Astronomie se place au-dessus de toutes les autres sciences par son intérêt direct, par son importance et par sa grandeur.

LKS TKlilSKS Dr Cl KL

Cette thèse, je l'ai soutenue avec l'ardeur d'une conviction innée dès la première œuvre que j'ai osé publier sur cette science suliliine, lorsqu'il y a bii'uli'it un ijuart de siècle j'écrivis la l'Iitra/i/é (/es mondes habités. Depuis vingt-cinq ans, des progrès tout à fait inattendus ont illustré l'Astronomie physique. La thèse proposée dans «la Pluralité des mondes habités » peut maintenant être gran- dement développée et absolument confirmée. Tel est le but de ce livre-ci. Nous ne considérons plus seulement aujourd'luii la doctrine de l'existence de la vie en dehors de la Terre dans son caractère général et philosophique, mais nous pouvons pénétrer dans les détails, prendre les preuves en mains, nous arrêter sur chaque pla- nète, et constater les témoignages irrécusables de l'existence de la vie à leur surface. Ce livre est donc, répétons-le, un traité descriptif iVAs/ro)iomie planétaire. On y essaye, pour la première fois, une description détaillée de chacune des planètes qui accompagnent la Terre dans le système solaire, un exposé aussi complet que possible de leur état climatologique, météorologique, et même géographique, c'est-à-dire de leur situation organique comme séjours d'habitation.

Le progrès accompli en ces dernières années par l'Astronomie est en effet considérable, et à cet égard les tendances de la science ont véritablement changé de face. Alors, il faut bien le dire, les savants qui partageaient mes convictions et mes espérances n'étaient qu'en faible minorité : l'Astronomie mathématique dominait et éclipsait si complètement l'Astronomie physique, que celle-ci s(>mblait végéter comme la violette à l'ombre au pied du grand cliènc ; le ciel n'était qu'une page de chillïes, et les aspirations de l'âme humaine vers les mondes célestes, qui commençaient à se révéler, étaient taxées de rêveries et d'inutilités. Aujourd'hui, l'esprit scien- tifique a subi la plus complète métamorphose. Le parfum de la violette a fait arrêter l'observateur dans sa marche jusqu'alors indifférente, et l'Astronomie physique a doucement attiré l'atten- tion sympathique du penseur. Des astronomes habiles se sont révélés; une nouvelle science, l'analyse spectrale, est née, comme Minerve, tout armée pour d'étonnantes conquêtes; des instruments nouveaux ont été inventés suintement; des observatoires exclusive- ment consacrés à l'Astronomie pliysiqueont été fondés en France, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en I5(dgique, en

LES T EUR ES bV CIEL

Amérique, sur lo glulic tuut entier; de puisrianles lunettes et d'iin- menses télescopes ont été construits, et un graml nombre d'uhser- vateurs se sont mis à étudier avec persévérance la constitution phy- sique du Soleil, de la Lune, des planètes, des comètes et des étoiles. Grâce aux progrés accomplis, l'astronome se consacre aujourd'hui fructueusement à la plus intéressante des études : examinant avec soin la planète rapprochée, il distingue les détails caractéristiques des autres mondes; il dessine les continents, les rivages, les iles de la géographie de Mars;... ce n'est pas sans émotion que nous avons

. La ToiTO csl l'une des plus petites planètes de notre système . . .

reçu l'année dernière la carte géographique des singuliers canaux nouvellement découverts sur cette patrie voisine.

Quelles énigmes tiennent en réserve ces points d'interrogation suspendus sur nos tètes? Au sein du recueillement profond et du calme silence des nuits étoilées, notre pensée curieuse s'envole vers ces îles de lumière pour leur demander leurs secrets. Nous croyons qu'elles nous voient, qu'elles nous entendent; et nous les prenons à témoin de nos serments. Mais l'Astronomie nous a fait connaître leurs distances, nous a montré en elles des soleils et des planètes, et nous a appris que ces planètes sont des terres analogues à la nôtre.

Oui, des TERRES, vastes, immenses, formées de matériaux lourds et obscurs; des terres dont le sol est composé d'argile comme le nôtre, et dont les terrains, variés comme ceux de notre propre

. .. Nous las prenons U ti-muin da nos sormt^nts.

TKKP.js iir riKL

LES TERRES DU CIEL

glpbftv formeatides mcaitagaes et\xi^ -vaUéesj.^ deb pl|aleaiix et des plaines;.- .qmiiserv.eu't lieroeaux aux paysages qMi^s'y succèdent de siéck'iea siècle. Ces terres sont lourdes comme lai, uô.tre, et roulent coiame. .elle, dans l'esi^acc indéfini qui n'a ni haut. ni bas, ni direc- tion'ni. mesure. Elles ne sont douées d'aucune lumière propre, et ne paraissent brillaulcs que parce que le Soleil les éL-laire comme il éclaire la ïerrii, et que l'éloignement rapetissant leur disque, toute la lumière de midi qui les inonde est condensée en un seul point.

De même la Terre brille de loin dans l'espace, présente des phases comme la Lime, jVlercure, Vénus, Mars, nous, en offrent, et plane, brillaute étoile, daus le ciel des autres mondes.

Quelles .choses,.- .quels êtres, les forces delà féconde Nature ont- elles ■.■eiafauté.s sur cesmoud.es différents du nôtre?... Ici, dans tel étatidditeaoapérature,' de: lumière, d'air, d'humidité,, de combinaisons chimiques,, de densité, de pesanteur, de temps, de jours, d'années, la:jaatm'o a produit les choses et les êtres qui nous environnent, en nwDidiliaut d'ailleurs ses œuvres et ses spectacles .-suivant les siècles etsiiivaut les conditions changeantes de; la' planète elle-même. Oqt'îest-ce (.qweiicesmèmes foïoes ont enfanté sar. les autres terres du ciel?. AUimilien des conditions si variées qui distinguent Mercure de Nèpt|Une, Saturne, de la Terre, Mars d'Uranus ou Jupiter de Vénus, quels élémeiats auront prédominé sur l'une et sur l'autre ? A quelles foiVmes biizarx'jRs, ii.quels.-iHres fantastiques,- les -expansions de la puissiHiGe- créatricce n'aurontrellès -pqis -domné naissance? Quel est ra.six?ct organique de cGsniond:és? La Vénos: iiOiUentoie est mons- trueuse pour nonsj-et pourtant; eatrDl'Em'ope. et l'Afrique, il n'y a qu'iune simplja'difféîen'eetddiaï.ititàelrOijiellfe.n 'est-pas la variété, la bizarrerie, rîneûkét'enceiipparQntp des formes vivantes appartenant aux différents globes noLvu systémeiMil si-fflOiUS-jious. transportions de notre famille solaire dans Gellesde!.Siï'ius!,.-dé..V6ga, d'Aldébaran, d'Antarés, ou de Castor, combien natre^ voyage ne serait-il pas incomparablement plus prodigieux et plus fantastique que tous ceux du Dante, de l'Arioste, du Tasse, de Milton et de Swift réunis !

brille un auti'e soleil,. descend du ciel une autre lumière, souftléun air qui n'est point tea'restre; fleurissent des plantes qui ne sont point des plantes, coulent des eaux qui ne sont pas des eaux ; reposent des paysages, des lacs, des forêts, des mers, que

i.i;s Ti:nuEs du ciel

nos yeux n'ont point vus, ot qu'ils ne pourraient point reconnaître. Et pourtant le téieseope y conduit nos regards terrestres; et pourtant nos àuies s'y transportent, malgré les millions et les milliards de lieues cpii nous en séparent; et pourtant l'analyse spectrale découvre la constitution chimique des matériaux qui composent ces mondes perdus dans l'infini !

Qu'est-ce que la Terre? Une planète du système solaire, et l'une des plus médiocres: un habitant de Jupiter ou de Saturne ne la regarderait qu'avec dédain, et, d'ailleurs, vue de ces mondes gigan- tesques, qui gravitent à 155 et 318 millions do lieues de notre orbite.

£.tt

Les autres planeles sont di!S terres, variées comme notre plobc, montrant des continents ot des mers. . -

(FBACMEST de la GEOGRAniIE DE MARS : nÉCIONS KQl"ATOI\IALES )

notre île flottante n'est qu'un point. Qu'est-ce que tout notre système planétaire, y compris la Terre et ses destinées? C'est un chapitre, un feuillet, une page du grand livre de l'Univers : des millions et des millions do soleils plus magnifiques et plus riches que le nôtre remplissent l'immensité. Et qu'est-ce que tout cet ensemble d'étoiles, tout l'univers que nous connaissons, au milieu de l'in- fini? C'est un nid perdu dans une forêt, une fourmilliére dans une campagne. Cherchez la Terre : vous ne la trouvez plus.

L'antique erreur de l'immoijilité de la Terre supposée fixe au centre du monde s'est perpétuée, mille fois plus extravagante, dans cette causalité finale mal enteudue dont la prétention (>st de s'obsti-

1.ES TERRKS DU (.lEL

tiiun- à placer notre globe au premier rang des corjjs célestes. Notre planète n'a reçu de la nature aucun privilège spécial. Nous nous ima- ginons naïvement que, parce que nous sommes ici, notre pays doit être supérieur en essence à toutes les autres contrées de l'Univers: c'est Icà un patriotisme de clocher, enfantin, puéril, sans excuses. Si demain matin nul de nous ne se réveillait, et si les quinze cent millions d'humains qui s'agitent en ce moment tout autour de notre mondicule s'endormaient du dernier sommeil, cette fin du monde terrestre, cette disparition de la race humaine, n'apporterait pas la plus légère perturbation dans le cours des cieux; elle passerait inaperçue dans l'inexorable mouvement des choses, et, sans contre- dit, chez nos plus proches voisins, les habitants de Mars et de Venus... les valeurs de la Bourse n'en baisseraient pas d'un centime !

On rencontre encore aujourd'hui certains esprits, et même des esprits éclairés, qui, tout en reconnaissant que la Terre est un astre insignifiant dans l'ensemble de l'Univers, s'imaginent néan- moins que la vie n'existe qu'ici, et que les millions de milliards de mondes qui peuvent graviter dans l'immensité infinie doivent être inhabités, parce qu'ils ne nous ressemblent pas, parce qu'ils ne sont pas identiques à notre fourmillière !

Le bon vieux Plutarque raisonnait mieux mille ans avant Tin- vention du télescope et du microscope. « Si nous ne pouvions approcher de la mer, dit-il dans son intéressant petit Traité sur la Lune (De facie in orbe Lun.e), et si, la voyant seulement de loin, nous savions que l'eau en est amère et salée, nous prendrions pour un visionnaire, nous contant des fables dénuées de toute vraisem- blance, celui qui viendrait nous assurer qu'elle est habitée par toutes sortes d'animaux qui vivent dans ce lourd élément aussi confortablement que nous dans l'air léger. Telle est précisément notre situation d'esprit lorsque nous soutenons que la Lune n'est pas habitée parce qu'elle ne nous ressemble pas. S'il y a des habitants, il ne doivent pas admettre à leur tour que la Terre puisse être peuplée, enveloppée comme elle l'est de brouillards, de nuages et de lourdes vapeurs, et ils croient sans doute que c'est l'enfer. »

A notre époque scientifique, les raisonnements contre lesquels s'élève Plutarque sont moins excusables que de son temps : la Science

Vue ilp Mars, di's le coucher du snicil. la Terre brille rl:ins le ciel comme noe éloile

LES TERRICS DU CIEI.

tout entière s'élève de toutes parts pour en proclamer l'insuffisance.

Il y a quelques années encore, les naiuralistes à courte vue ne déclaraient-ils pas que la vie est impossible au fond des mers^ parce que la pression y est si énorme qu'elle écraserait les êtres; parce que, en cette perpétuelle obscurité, l'assimilation du carbone est interdite, et pour cent autres bcmnes petites raisons. Des savants moins siirs d'eux-mêmes, et plus curieux, ont l'idée de vérifier : on jette la sonde, et l'on ramène... des merveilles! des êtres si délicats, si frêles, si ravissants, que, sous cette effroyable pression, ils res- semblent à des papillons se jouant au milieu des fleurs! Il n'y a pas de lumière : i-»3 en fabriquent! et sont phosphorescents. Le monde de la mer est déjà tout différent du nôtre. Jamais un démenti plus formel n'a été donné aux esprits étroits qui ne veulent pas ou ne peuvent pas élargir le cende de l'observation immédiate, et qui s'imaginent, selon la parole de saint Augustin, enfermer l'océan dans une coquille de noix.

Notre planète nous apparaît comme une coupe trop étroite pour contenir la vie, laquelle se manifeste dans toutes les conditions imaginables et inimaginables, et se développe, à ses propres détri- ments, en vie parasitaire multipliée. Le sol, les eaux, les airs, tout est plein d'êtres, d'embryons, de germes, de fécondité. La vie- déborde littéralement de toutes parts, et elle transforme ses mani- festations suivant les temps et suivant les lieux. Il y eut une époque sur la Terre le sol, l'atmosphère, la température, les climats, les conditions organiques générales, étaient bien différents de ce qui existe aujourd'hui. Alors les êtres vivants étaient aussi tout différents de ce qu'ils sont. Ressuscitez le monde informe des igua- nodons, des ichthyosaures, des plésiosaures, de l'archéoptérix, du ptérodactyle, et voyez quelle singulière figure feraient ces monstres antédiluviens dépaysés sur nos continents pacifiques, au milieu de nos calmes paysages illuminés de la transparente lumière d'un ciel d'azur! Enfants du globe primitif, ces colosses à la puissante armure respiraient une atmosphère mortelle pour nous, les échos retentissaient de leurs rugissements, et les flots agités des mers vomissaient, les uiDUstrueuses épaves de leurs titanesques combats; les témoins comme les acteurs étaient appropriés à la scène sauvage des siècles primordiaux. Au milieu de ces commotions violentes,.

I.KS TKllKKS nu CI Kl,

l;i douce sensitive fût morte de frayeur, le rossignol eût senti les perles de sa voix étouffées dans sa gorge, et jamais Eve n'eût osé s'asseoir, nonchalante et rêveuse, sur la mousse des bosquets en fleurs. La Terre actuelle est une planète toute différente de la Terre de l'époque houillère. La nature, puissante et féconde, produit des ■-(Buvres adaptées aux milieux changeants, et organisées pour ainsi dire par ces millieux eux-mêmes. Si nous pouvions renaître dans un million d'années, non seulement nous chercherions en vain les nations qui existent actuelhnnent, car il n'y aura plus alors ni Fran- çais, ni Anglais, ni Allemands, ni Espagnols, ni Italiens, ni Euro- péens, ni Américains; mais encore, nous ne reconnaîtrions même pas notre type humain actuel dans nos successeurs sur la scène du monde. De siècle en siècle, d'âge en âge, tout se transforme, tout se métamorphose.

Pour juger sainement, il faut nous affranchir de tout préjugé terrestre, avoir l'esprit dégagé des choses immédiates, oulilicr notre berceau, et arriver devant le concert des mondes comme si nous ■descendions de Saturne, d'Uranus, ou d'une province quelconque du Ciel

Si notre esprit développé par les nobles contemplations de la Science veut embrasser l'Univers sous son véritable aspect, nous devons songer d'une part, que la Terre nous sommes et l'huma- nité qui l'habite ne sont pas 1(> type de la création, et, d'autre part, cpu^ notre époque n'a pas l'importance spéciale que nous lui attri- buons, — et il y a encore ici un jjréjugé inné dont il est difficile de s'affranchir. Nous oublions, en effet, le passé et l'avenir pour le présent qui nous intéresse personnellement, et lorsque notre pensée s'envole vers les sphères célestes pour les peupler d'êtres variés disséminant la vie sur toutes les plages de l'infini, nous avons une tendance à appliquer nos raisonnements à l'époque actuelle. C'est encore un jugement à courte vue. Dans l'éternité, notre époque passe comme une ombre transitoire, de même que dans l'infini l'étendue de notre patrie terrestre disparait comme une goutte d'eau au sein de l'océan. La Terre a été pendant des millions d'années sans être habitée,, et le jour viendra la dernière famille humaine s'étant endormie dans les glaces du refroidissement définitif, le globe terrestre roulera dans l'espace comme un sépulcre sans épita-

LES TERKES DU CIEI,

plie et sans histoire. Avant l'existence du premier homme sur la Terre, les étoiles brillaient au Ciel comme aujourd'hui, et déjà, depuis bien des siècles de siècles, les soleils radieux de l'immensité sans bornes illuminaient et régissaient les humanités sidérales gravitant dans leur rayonnement. Après le dernier soupir du dernier homme, les mondes continueront de circuler dans la joyeuse et féconde lumière des soleils de l'avenir. Lors donc que nous saluons la vie universelle dans l'infini, nous devons associer à cette idée celle de la vie s'étendant le long des âges passés et futurs, et c'est seule- ment éclairée par cette double lumière que notre contemplation de la nature peut être adéquate à la réalité. Ainsi, dans notre propre système planétaire, tandis que Mars et Vénus se présentent à nous comme actuellement habitables, Jupiter nous apparaît comme arrivant seulement à la genèse des époques primordiales de la vie, et la Lune, au contraire, comme atteignant déjà sans doute les derniers jours de son histoire. Ici des nébuleuses sont eu turmatiim, des mondes s'écroulent dans la décadence et l'agonie.

Dans la description des autres mondes que nous entreprenons aujourd'hui, nous suivrons un ordre plutôt naturel que techni- «pie. Comme il ne s'agit pas ici d'un traité de cosmograpliie, nous ne nous astreindrons pas à commencer notre étude par le Soleil, (•(^ntre, foyer du système du monde, et à décrire les planètes dans l'ordre de leurs distances à cet astre illuminateur. Notre voyage sera plus pittoresque. Nous commencerons, tout naturellement, par la terre céleste que sa proximité et sa situation favorable pour nos observations nous ont fait le mieux connaître, par notre coisinr la planète Mars, dont nous connaissons déjà la j)hysiologie géné- rale, les saisons, les climats, la météorologie, la géographie même ; sur LKjuelle nous observons des continents et des mers analo- gues à ctnix qui diversifient la géographie terrestre; sur laquelle nous distinguons même les embouchures des grands fleuves, les rivages méditerranéens voltigent les nuages; sur laquelle nous pourrions déjà choisir les pays qu'il est le plus agréable d'ha- biter à cause de la pureté de leur ciel et de la tranquillité de leur atmosphère, sur laquelle bientôt peut-être nous reconnaî- trons des traces indiscutables de civilisation;... oui, nous com- mencerons notre voyage par cette natrie voisine que le lél(>s(;opo

Le monde Je I,i mer est di-jj loul ditïi'Tent du n.dr

TERRES DD CIBL.

LES TERRES DU CIEI.

met aujourd'hui à la portée de notre main et qui, la première, vient nous prouver que la doctrine de la pluralité des mondes n'est ni une chimère ni une utopie, mais qu'elle est l'expression de l'une des plus grandioses, des plus magnifiques vérités enseignées par la Nature. Mais en même temps que ce voyage sera pittoresque, il doit être instructifet laisser dans nos esprits des notions scientifiques précises. Aussi ne décrirons-nous aucune planète sans faire connaître tout d'abord sa position dans le système du monde, sans tracer le plan de notre voyage uranographique. 11 importe poumons de ne pas imiter

^^^^«-^Î^'-Ptox^e,,^

Fig. 8. Plan du système solaire pour les planètes les plus proclies du Soleil. (Échelle : 1°"° = 2 millions de lieues.)

ces voyageurs indifférents qui vont, par exemple, visiter l'Italie sans cartes et qui, lorsqu'ils s'arrêtent à Milan, à Venise, à Florence, à Rome, à Naples, ne savent même pas oii ils sont et perdent ainsi volontairement les trois quarts des jouissances intellectuelles (jui ac- compagnent un voyage bien compris dans son ensemble et dans ses détails. Aussi, avant même de nous arrêter sur la planète que nous allons visiter, devons-nous commencer par nous rendre exactement compte de sa situation relativement à l'île céleste que nous habitons. Tout le monde sait que la Terre nous sommes est la troisième des planètes qui circulent autour du Soleil; que sa distance à cet astre est, en moyenne, de 148 millions de kilomètres ou 37

LES TEnUK.S Di: (,IKL

millions (le li(>ues, cl qu'elle parcourt sa révolution ;uinuollo autour do lui eu ;{Gô jours, G heures. (Voyez plus haut le petit [ilan (fig. 8), traeé à récliell(> de I millimètre pour -i uiilliuns de lieues.)

La planète Mars est la quatrième planète. Elle vient immédiate- ment après nous dans l'ordre des distances à l'astre illuminateur, et circule également autour de cet astre, à la distance moyenne de 525 millions de kilomètres oudeSG millions de lieues, en une révo- lution annuelle qu'elle emploie 687 jours à accomplir.

Fig. 9. —Rapports entre l'urbite do Mars et celle de la Terre,

Il en résulte (pi'entre la route suivie par la Terre autour du Soleil et la route suivie par Mars, il y a une distance moyenne de 77 millions de kilomètres, ou 19 millions de lieues.

Remarquons maintenant que les orbites décrites autour du Soleil par Mars comme par la Terre ne sont pas tout à fait circulaires. Klles sont un peu ovales, ou pour mieux dire, elliptiques, de sorte que l'in- tervalle qui les sépare varie sensiblement d'un point à un autre. Cet intervalle, qui est en moyenne de 19 millions de lieues, est, en cer- tains points, diminué jusqu'à 1 '», c'est-à-dire à 56 raillions de kilomè-

LES TEItUES UU CIEL

très. (On se rendra bien ronipto do cet élal de clinses par l'examen de notre fig. 9j.

La planète Mars se trouve donc de temps en temps à cette distance relativement faible astronomiquement parlant Et comme alors précisément la Terre passe entre elle et le Soleil, nous la voyons éclairée en plein et brillant dans le ciel de minuit avec l'éclat d'une magnifique étoile de première grandeur. Elle n'a par elle- même aucune lumière. Mais elle est illuminée par le Soleil, et comme sa surface entière éclairée est rapetissée par la distance à la dimension d'un simple point, toute cette lumière reçue du Soleil est par cela même condensée en un point minuscule, de sorte que la planète brille poumons à l'œil nu comme une étoile.

Mais si nous l'observons à l'aide d'un instrument d'optique, ce point lumineux devient un disque de dimensions sensibles qui d'abord, pour nous servir d'une expression familière, ressemblera à un pain à cacheter. Si nous employons un instrument plus puissant, les dimensions augmenteront en proportion du pouvoir amplifiant du télescope. La vivacité de l'éclat lumineux de la planète diminue dans la môme proportion. Si l'instrument est assez puissant, on re- marque d'abord des taches blanches marquant juste la place des pôles ; ensuite on distingue des taches grises sur un fond jaune, etréclairc- ment général de ces aspects géographiques ne paraît pas supérieur à celui des paysages terrestres éclairés par une belle journée d'été.

Mais abordons sans tarder siu" cette patrie voisine. Nous avons dit qu'aux époques de ses plus faibles distances, elle passe à 56 millions de kilomètres d'ici. Un train express qui court à la vitesse régulière (le 1 kilomètre par minute, emploierait par conséquent 56 millions de minutes pour y arriver. Ce serait un peu long, car en partant aujourd'hui nous n'arriverions que dans 1095 ans... Nous serions tous trop âgés pour jouir du voyage. Un boulet de canon vole plus vite : supposons-nous emportés vers Mars avec sa vitesse de 50U mètres par seconde ou 30000 mètres par minute. Cette vitesse étant trente fois plus rapide que la précédente, nous arriverions dans 36 ans. C'est encore trop long. Choisissons plutôt la vitesse d'un rayon de lumière : 300000 kilomètres par seconde! Voilà Mars qui brille dans le ciel, bien reconnaisable à la coloration rougoàtre de sa lumière. Partons ! . . . En trois minutes nous sommes arrivés.

CHAPITRE II

Les analogies de Mars avec la Terre. La géographie de Mars.

En abordant sur ce nouveau monde, la première impression res- sentie par notre âme n'est pas une impression étrangère à celle que les spectacles de la nature terrestre nous imposent. Nous nous trouvons transportés sur un globe singulièrement analogue au nôtre. Les bords de la mer y reçoivent comme ici la plainte éternelle (les flots qui se brisent en s'éteignant sur le rivage; car là, comme ici, le souffle des vents ride la surface de l'eau et donne naissance aux vagues qui se succèdent et retombent. Si le ciel est pur et l'atmo- sphère calme, le miroir des eaux reflète comme ici le soleil éblouis- sant et le ciel lumineux; et sans la coloration spéciale et la forme étrange des plantes, nous pourrions nous imaginer facilement nous retrouver sur les bords de la Méditerranée ou devant un lac do la douce Helvétie. Les Alpes couronnées de neiges perpétuelles ne manquent pas à l'analogie du tableau; ni les montagnes; ni les vallées; ni les cascades argentées; ni le bruit lointain du vent dans les campagnes; ni la tiède chaleur du soleil printanier; ni la succes- sion lente des heures du jour; ni le bonheur de se sentir vivre au sein d'une nature calme et bienveillante. Le villageois européen qui, jeté par le flot de l'émigration sur les rives de l'Australie, se réveille un beau jour au milieu d'un pays inconnu, le sol, les arbres, les animaux, les saisons, le cours du Soleil et de la Lune, sont d'un aspect tout différent de ce qu'il a vu jusqu'alors dans son pays

LA PLANÈTE MAHS

natal, n'est pas luoiiis surpris ai muins dépaysé quo nous nv le sommes lîn arrivant sur la plauèle Mars. Se transporter de la Tcito sur Mars, c'est simplement chauj-'or de latitude.

Lorsque nous considérons avec attention ce monde voisin, nous ne pouvons nous empêcher d'être tout d'abord frappés par certaines analogies remarquables qui nous font immédiatement songer à notre propre habitation terrestre. Et d'abord, cette planète se montre à nous environnée d'une atmosphère assez épaisse pour absorber une grande quantité de lumière, rendre ses aspects géogra- phiques invisibles pour nous lorsqu'ils arrivent aux bords du disque, cl atténuer considérablemeul l'iuLensité de la coloration rougeàtrc- (le ses continents. Cette atmosphère contient comme la nôtre do la vapeur d'eau en suspension : l'analyse spectrale le démontre d'une part, et d'autre part les neiges polaires que nous apercevons d'ici, et qui varient d'étendue suivant les saisons, ne pourraient ni se former, ni se fnmlre, ni s'évaporer, si l'eau ne remplissait pas sur cette planète lui n'ile analogue à celui (pi'elle joue dans notre propre météorologie.

Le partage de la siu-lace du sol en régions claires et foncées con- duit, d'autre part encore, à conclure que les régions sombres nous représentent des étendues d'eau qui absorbent la lumière, tandis que les continents la réfléchissent. Ces étendues d'eau sont, comme nous le verrons plus loin , variables elles-mêmes, suivant les sai- sons.

Quant à ces saisons, elles ont précisément la même intensité que les nôtres, car l'inclinaison de l'axe de rotation du globe de Mars- est à peu près la même que celle de notre propre planète. L'année, toutefois, y étant près de deux fois plus longue que la nôtre (elle dure 687 jours terrestres), les saisons y sont également prés de deux fois plus longues et durent prés de six mois chacune; toutefois elles sont plus inégales qu'ici. Le jour martien est un peu plus long que le j(jur terrestre; la durée précise de la rotation de la planète autour de son axe est aujourd'hui connue à moins d'une seconde près : elle est de 2't heures 37 minutes '23 secondes.

Il y a beaucoup moins de nuages sur Mars que sur la Terre. II s'en forme fort rarement dans les régions équatoriales, et c'est surtout vers les régions polaires qu'ils se condensent. Toutefois,.

I.A PLANÈTE MARS

Tapparition, la dispai'ilinn, le driihieemcnt, sur fcrtaiiios coiilivcs, «L parfois môinc jusqu'à l'Equateur, de taches blanches rivalisanl d'éclat avec les neiges polaires, signalent la formation de ])rouil- lards et de nuages qui nous apparaissent vus d'en haul, cMuimi' lorsque nous les observons en ballon, d'une éclatante blancheur, parce que leur surface supérieure réfléchit la lumière solaire avec autant d'intensité que la neige fraîchement tombée.

Ces nuages comme les nôtres, se résolvent en pluies, qui donnent naissance à des sources, à des rivières et à des fleuves.

Les neiges polaires varient considérablement d'étendue suivant les saisons. Toutes les observations s'accordent pour établir qu'elles attiMgnent leur maximum après l'hiver de l'hémisphère auquel idh^s appartiennent, et leur minimum après l'été. La variation d'étemliie est plus grande au pôle sud (pi'au pôle nord, ce qui concorde avec IVlTet de l'excentricité de l'orbite, qui donne à l'hémisphère austral dt^ saisons plus marquées qu'à l'hémisphère boréal. C'est ce qui arrive aussi pour notre yiropre globe.

De même que sur notre planète, le centre du froid ne coïncide pas avec le pôle géographique, mais en est éloigné de à 6°. Pendant les observations de 1877 et 1870, le pôle sud est resté plusieurs st^maines complètement découvert. Comme sur la Terre aussi, ces n'^ions polaires sont occupées par des mers.

Ce sont les principales analogies que la planète Mars présente avec le monde (pie nous habitons. Pour tout esprit impartial, affranchi des préjugés terrestres dont nous parlions tout à l'heure, la logique rationnelle va un peu plus loin